Life

Décoratrice d’intérieur : mon parcours et mon métier

Je suis décoratrice d’intérieur à Nantes depuis 2017. Mon entreprise a fêté ce mois-ci ses 3 ans. Trois belles années remplies de défis, de doutes, de victoires, et de projets.

Etude de projet et réalisation d’une pièce de vie d’une maison nantaise

Aujourd’hui, je peux dire que j’ai réussi : je fais le métier de mes rêves. Cela ne veut pas dire que j’ai atteint tous mes objectifs, loin de là. Il y en a toujours de nouveaux et ils évoluent avec le temps. Mais le chemin pour arriver à cette liberté a été long, et j’ai assez de recul pour en témoigner.

Retour d’expérience

Depuis la création de mon entreprise, je reçois régulièrement des demandes de “retour d’expérience”. Généralement, elles viennent de personnes qui souhaitent se renseigner sur le métier de Décoratrice d’intérieur. Jusqu’ici, je les ai toujours déclinées. J’avais besoin de temps, de me construire l’expérience et la légitimité qui va avec pour pouvoir y répondre. Car il y a beaucoup d’enjeux derrière ces questions. Les réponses peuvent peut être donner une impulsion à une carrière et changer une vie. Et surtout, parce que j’ai moi-même été de l’autre côté de la barrière, il y a maintenant 6 ans.

Je vais vous livrer ici mon histoire personnelle, en toute transparence et honnêteté. Le but de cet article est de vous informer sur ce métier, sur la réalité d’une reconversion professionnelle, et les compétences qui m’ont permis de réussir à créer le métier de mes rêves.

Parcours

Formation

Ma formation initiale est dans le secteur du Tourisme. Après un BAC ES, j’ai obtenu un BTS Animation et Gestion Touristiques Locales, puis une Licence Professionnelle Management des Organisations : option patrimoines, langues et tourismes. J’ai toujours été douée dans les études. J’ai eu des mentions et terminé première de ma promo en BTS. Je souhaite mettre cette information en avant non pas par orgueil (elle se la pête), mais pour ce qui va venir : ces diplômes ne m’ont servit à rien. (BAM! je l’ai dit). D’ailleurs, le BTS que j’ai suivi n’existe plus en tant que tel. La seule et unique raison pour laquelle je mentionne ces diplômes, c’est parce que nôtre société en demande. Mais ce ne sont pas les diplômes qui ont façonné ma carrière, ce sont les expériences.

Expériences

A 21 ans, une Licence en poche, j’ai tout plaqué pour partir vivre seule à Londres. Je n’avais jamais mis les pieds en Angleterre, et encore moins pris l’avion. A l’époque, je n’avais aucune idée de ce qui me poussait à partir. J’avais simplement envie de changement. Les trois étés précédents, j’avais travaillé en tant que saisonnière sur des postes qui auraient pu m’ouvrir une carrière dans mon domaine. Mais je n’étais pas prête à me poser si jeune.

Construire une carrière en dehors des normes

Aujourd’hui, je sais que mes expériences professionnelles à Londres m’ont aidé à lutter contre le “syndrome de l’imposteur” que l’on peut ressentir lorsque l’on se reconverti. En effet, à peine 48h après mon arrivée, j’ai décroché un poste de réceptionniste dans un restaurant de luxe, avec seulement une maîtrise scolaire de la langue anglaise. 6 mois plus tard, j’obtenais un poste de Conseillère Commerciale sans être passée par la case Ecole de Commerce. Je ne pense pas que cela aurait été possible en France. Si jeune et inexpérimentée, on aurait regardé uniquement mes diplômes. Ce qui ma permis de décrocher ces postes là-bas, c’était ma volonté et mon aptitude à m’adapter. Et ce sont les compétences les plus importantes que j’ai développé, et qui m’ont mené où je suis aujourd’hui.

J’avance rapidement, quelques années plus tard. Je rentre en France et j’enchaîne les CDI dans des services commerciaux de l’hôtellerie. Agent de réservation, Assistante de négociateurs de contrats hôteliers puis Assistante Commerciale. Je navigue dans ce domaine commercial qui s’est ouvert à moi grâce à mon expérience anglaise. J’y apprends énormément sur les affaires et le service clients. Mais aucun poste ne m’anime vraiment. Je comprends assez rapidement qu’il me manque l’essentiel de ce que j’aime dans la vie : la créativité.

Moodboard réalisée en collaboration avec Farrow & Ball pour le lancement de la collection de papiers peints 2017.

Comme beaucoup dans ce cas, je commence dans un premier temps par postuler à de postes dans lesquels je peux témoigner de compétences transversales que j’ai acquises grâce à mes expériences. Mais je n’ai pas les diplômes, et aucune porte ne s’ouvre.

C’est à ce moment là que je commence à me diriger vers une autre solution : la reconversion professionnelle.

Reconversion

Commence un long chemin de recherches et de remise en question, parsemé d’embûches (où je vais me prendre de multiples claques). Avant de finalement faire un choix : celui d’investir dans moi-même.

Pourquoi décoratrice d’intérieur ?

Le métier de Décoratrice d’intérieur m’est apparu assez naturellement. Je n’ai pas fait de bilan de compétences ou de recherche particulière sur le métier qui me correspond.

J’ai toujours aimé la décoration, mais je la voyais comme une passion, et je n’avais pas conscience que ce pouvait être un métier. Petite, je m’amusais à reproduire ma chambre sur du papier millimétré et faire tourner les meubles autour de la pièce ! Je voulais être styliste. Mais un jour, quelqu’un m’a dit qu’il fallait savoir dessiner, et du haut mes 8 ans, je ne pensais pas en être capable. Cette petite fille là a eu une belle revanche. Au fil des années, je prenais plaisir à personnaliser chacun de mes lieux de vie, de mon appartement en location parisien, en passant par ma chambre en colocation londonienne. Je ne pouvais physiquement pas vivre dans un lieu qui ne me plaisait/ressemblait pas.

Etude de projet d’un appartement neuf

Création du site Home by Marie

En 2013, j’achète mon premier appartement avec mon compagnon – qui est devenu mon mari depuis, et mon plus grand supporter dans tout ce parcours ! L’appartement est dans son jus, mais nous avons la passion et l’envie nécessaire de lui donner une vraie personnalité. Je commence mes premiers projets de décoration d’intérieur : planches ambiance, tutos DIY, recherches shopping etc. En 2015, je créé le site Home by Marie, sur lequel vous lisez ces lignes, pour partager mes idées et avoir une trace de ce que nous avons réalisé. Rapidement, ma famille, mes amis et même des amis d’amis me demandent des conseils. C’est le déclic, je vais en faire mon métier.

La rénovation de notre première cuisine.

Choix de la formation pour être décoratrice d’intérieur

De par mon expérience, je sais que notre société exige des diplômes pour prétendre à une carrière.

Problème : il n’existe pas une seule et unique formation ou diplôme pour être Décoratrice d’intérieur. Il y a des dizaines de centres de formation, avec des certifications et des diplômes, mais aucun reconnu par l’état.

Je commence donc à faire le tri dans toutes ces formations, qui demandent toutes un apport financier considérable. Mais je n’imagine pas effectuer une formation sans expérience de terrain. Je voulais connaître la réalité d’un chantier et les contraintes qui peuvent exister (lumière, architecture, matériaux), afin que mes projets soient réalistes. Je découvre alors la formation Polychrome près de Nantes. C’est une formation globale aux métiers de la décoration, avec des stages en entreprise, très axée sur la maîtrise de la couleur. Bonus : elle prépare à un diplôme reconnu par l’Etat : le CAP Peintre – Décorateur, et est donc éligible au financement par le CIF.

A ce moment là, j’ai deux choix : accepter de mettre de côté mon égo ainsi que le regard de la société (et celui de mes proches quand je leur explique) pour reprendre une formation pour un CAP alors que je suis titulaire d’une Licence. Ou suivre une formation sans réelle expérience de terrain qui va me coûter un rein. Le choix est vite fait.

Attention, je ne dénigre aucun choix ni aucune formation. C’est mon expérience personnelle, basée sur mon histoire.

Etude de projet de fin d’année.

Pour celles et ceux qui voudraient mon témoignage sur la formation Polychrome, le voici : c’est une formation très enrichissante grâce à laquelle vous obtiendrez les bases essentielles à votre métier sur la couleur, le dessin en perspective et la réalisation d’un chantier de peinture. Les stages sont un réel plus qui, si ils sont bien choisis, vous permettent de vous créer un premier réseau dans ce domaine. C’est aussi une formation très concentrée de 9 mois seulement. Elle est axée sur le terrain, il n’y a donc pas de formation sur les logiciels. Ce sera donc à vous, par la suite, de développer les compétences dans lesquelles vous voulez vous spécialiser.

Financement

En début d’article, je vous ai parlé de hauts, de bas et d’embûches. Cette étape est celle où j’ai failli baisser les bras.

J’ai réalisé deux demandes de Fongécif, sur deux années consécutives (2014-2015). Les deux m’ont été refusées. Je n’avais pas d’explication, si ce n’est que mon dossier était très complet, et que je n’avais juste pas gagné à cette loterie. J’ai perdu deux ans. Du moins, c’est ce que je pensais.

Mais pour pouvoir monter ces dossiers de financement, j’ai du faire des recherches, rencontrer des personnes sur le terrain, parler de mon projet et sortir de ma zone de confort. Mon envie pour ce métier n’a fait qu’accroître, malgré les difficultés dont on me prévenait et les sacrifices qui seraient nécessaires. Je ne voyais pas d’autre choix. Au deuxième refus, j’ai demandé une rupture conventionnelle à l’entreprise où j’étais salariée. J’ai pris toutes mes économies, et j’ai confirmé mon inscription à la formation. J’ai investi dans moi-même, et je n’ai jamais regretté ce choix.

Création d’entreprise

Une autre raison qui m’a poussé vers cette reconversion était le besoin de liberté. Salariée, j’étais toujours “assistante”, même quand il n’y avait personne à assister. Ce manque d’autonomie me pesait, me lassait, et me poussait à changer régulièrement de poste.

Dès le départ, ma volonté était donc de créer ma propre entreprise. Après avoir terminé ma formation en décoration J’ai suivi une formation sur la gestion d’entreprise de trois semaines à la Chambre des Métiers et de l’Artisanat. J’ai immatriculé mon entreprise quelques semaines plus tard. Home by Marie était lancée.

Mon métier : décoratrice d’intérieur

Description et missions

Je suis décoratrice d’intérieur. J’accompagne mes clients dans la personnalisation de leur intérieur à travers les couleurs, les matériaux, le mobilier, l’aménagement etc. Je donne du sens à un investissement immobilier pour un propriétaire, et j’aide un locataire à s’approprier son lieux de vie. Mon champ d’intervention s’étend de la visite conseils, à l’étude complète du projet, avec croquis d’aménagement d’espace et liste shopping. Depuis peu, j’ai également ajouté le terme de Design d’intérieur à mes compétences, car je créé des meubles sur-mesure pour mes clients, que je fais ensuite réaliser par un artisan menuisier.

Meuble sur mesure réalisé pour un appartement en location.

Les compétences et aptitudes les plus importantes pour ce métier sont, à mon sens, la créativité, la réactivité, une habilité à se projeter dans l’espace, la relation client et l’empathie afin de comprendre les besoins de vos clients. Décorer pour soi et décorer pour autrui est complètement différent. Ce que les clients apprécient le plus sur ce que j’apporte au projet, c’est un oeil neuf et neutre. Je vois les volumes, la lumière, le potentiel, et j’y incorpore les envies de mes clients. Mais je ne leur impose aucun choix. Bien entendu, je les guide et j’apporte ma touche personnelle. Mais je travaille pour eux, dans le respect de leurs goûts et de leur personnalité.

Statut et conditions de travail

Je suis auto-entrepreneur et je travaille de chez moi. Les déplacements chez mes clients font partie de mon quotidien.

Concernant mon planning, je travaille potentiellement 7 jours / 7. Le dimanche est réservé à la planification de mes semaines puisque mon emploi du temps varie en fonction de mes projets. Mes RDV sont souvent le samedi, car ce sont généralement les seules disponibilités de mes clients où je peux voir leur intérieur à la lumière du jour. Mais j’adapte également mes journées à ma vie de famille. Je travaille rarement après 18h et j’essaie de ne pas prendre d’appels ou répondre à mes emails sur mes journées OFF, pour déconnecter.

Je travaille seule sur la partie créative de mes projets. Au fil du temps, j’ai appris à m’entourer d’autres artisans que je peux recommander, et qui sont en mesure de réaliser mes idées. Ceci afin de proposer un retour sur investissement rapide à mes clients. Je peux suivre la réalisation d’un projet, cependant, je ne gère pas sa mise en oeuvre. C’est un autre métier.

Rémunération

L’argent, le nerf de la guerre. J’ai dit que je serais honnête et transparente : les deux première années, je ne me suis pas versé de salaire. Rien, nada, zéro (quoi ???). La réalité quand vous débutez : fixer un tarif sur vos prestations est très compliqué. Vous voulez attirer vos premiers clients mais vous n’avez pas encore de réalisation à leur montrer pour justifier de vos compétences. Cela prend du temps à se mettre en place. Au fil des projets, vous arrivez à déterminer une tarification juste pour vous et vos clients, qui couvre vos charges, les heures passées sur l’étude, les temps de déplacement, ceux d’échanges avec vos clients et la qualité de votre travail.

Etude de projet pour une maison de famille moderne

Il faut également penser business. Votre chiffre d’affaires vous permet de payer vos charges, puis d’accroitre votre entreprise (matériel, communication, réseau etc) et ensuite vous payer. Si vous dépensez l’argent pour vous même avant de passer par la case charges et investissement, vous n’irez pas bien loin. Pérenniser une entreprise demande du temps et des sacrifices, et vous êtes la/le seul à savoir si vous êtes capable de les supporter.

Si vous deviez ne vous poser que cette question avant de vous lancer, c’est celle-ci : est- ce que je suis prêt(e) à tout sacrifier pour ce rêve ? Si la réponse est oui, foncez, vous ne le regretterez pas. Mais si votre intuition vous dit que vous n’êtes pas prêt, écoutez-la. Vous avez peut-être besoin de plus de temps ou de changer de direction.

Avantages et inconvénients du métier de Décoratrice d’intérieur

Le meilleur dans ce métier : vous faites ce que vous aimez pour vivre. Vous savez pourquoi vous vous levez tous les matins à l’aube, et votre passion vous pousse à rebondir lorsque vous rencontrez des obstacles.

Par contre, vous apprenez tout sur le tas. Savoir s’auto-former est donc une nécessité. J’ai appris à me servir de photoshop en suivant des heures de tutoriels en ligne. C’est parfois frustrant, mais aucun humain n’a la science infuse. Heureusement, le World Wide Web est votre ami.

Sélection shopping pour une pièce de vie ambiance intérieur californien

Autre point important quand on est à son compte : la fatigue et le stress ont tendance à prendre le pas sur la créativité. Prendre du recul et le temps sur un projet est donc nécessaire. C’est important de le faire comprendre à vos clients. Vous n’êtes pas un robot. Comme pour toute étude, la réflexion vous permet de sortir la meilleure version possible du projet.

Pour les visites conseils, c’est différent, car vous devez livrer vos idées à chaud. Personnellement, je profite du trajet pour faire le vide en chantant à tue-tête sur mes morceaux de musique préféré. Vous pouvez aussi courir ou méditer, si vous avez le temps. L’idée est de relâcher toutes les tensions pour pouvoir laisser plus de place à la créativité.

Perspectives d’avenir

On me demande souvent : quelles sont les perspectives d’emploi pour une décoratrice d’intérieur et l’avenir que j’envisage ?

D’un point de vue salarié, je ne peux pas vous répondre, car je ne me suis pas penchée sur la question.

Par contre, j’ai la conviction que ce métier a de beaux jours devant lui. Notre génération se déplace beaucoup plus, investit beaucoup plus également dans l’immobilier, et a compris l’importance du bien-être chez soi. Tout le monde n’a pas la capacité, ni le goût à se projeter et à prendre des décisions pour créer un intérieur unique. Tout comme tout le monde n’a pas la capacité de vendre un produit ou d’analyser des données. C’est réellement une compétence, qui est recherchée.

Etude de projet et réalisation d’une pièce de vie près de Nantes

Ce que personnellement je souhaite incorporer de plus en plus dans mes projets, c’est le sur-mesure. L’idée d’un projet unique et réalisé par un(e) artisan qui a un savoir-faire local. A l’heure ou consommer moins et plus respectueux est devenu une nécessité, je pense que c’est une perspective d’avenir indispensable.

Photo prise lors de la visite privée de mon appartement pour Made.com.

Je viens donc de vous livrer mon parcours et ma vision du métier de décoratrice d’intérieur. Ce que j’ai appris, c’est qu’on ne créé pas sa carrière sans prendre des risques, que les sacrifices sont obligatoires, les investissements sont une nécessité, et qu’il y aura des hauts et des bas.

Aujourd’hui, je ne regrette aucun des choix qui m’ont mené au métier de Décoratrice d’intérieur. Embellir la vie des autres, c’est pour moi l’un des plus beaux métiers du monde.

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4 Commentaires

  • Répondre
    harmonie
    25 février 2020 à 13 h 55 min

    Très bel article. Peu de mots, juste un grand bravo, vous pouvez être fière.

    • Répondre
      Marie
      25 février 2020 à 14 h 04 min

      Merci Harmonie, c’est très gentil à vous.

  • Répondre
    Sophie
    27 février 2020 à 8 h 57 min

    Merci pour ce retour d’expérience. L’une de les filles, étudiante, cherche sa voie. Je pense que votre article est une mine de conseils pour toute sorte d’orientation: la volonté, les sacrifices, la persévérance… Et bravo pour votre parcours.

    • Répondre
      Marie
      27 février 2020 à 10 h 36 min

      Merci beaucoup Sophie. Et bon courage à votre fille !

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